Classe octofun : épisode 6

Sortir de sa zone de confort

1ère manche gagnée. La jeune reste dans le collège et, à ce jour, elle a un comportement exemplaire 😉 Désormais en 4ème, dispensée de sport, elle s’est même engagée auprès des FLS du collège pour les aider à apprendre le français.

Pour moi et mon collègue, nous avons la 2ème manche à remporter. Il faut défendre le projet. Suite aux tensions au collège, l’équipe a demandé une réunion plénière à la rentrée de janvier 2021. La semaine avant les vacances de Noël, nous décidons de communiquer aux collègues les informations diverses concernant le projet Octofun : le lien sur le diaporama diffusé aux parents, la trace écrite du RDV avec la DSDEN ainsi que les 1ers indicateurs sur la remédiation. Nous jouons la transparence.

Nous apportons aussi quelques précisions :

  • Cette expérimentation devait s’effectuer dans une démarche en « double aveugle » afin que les données statistiques ne soient pas perturbées par des changements dans les pratiques professionnelles de l’équipe pédagogique.
  • Lors de l’entretien à la DSDEN, les personnes présentes ont été impressionnées par la démarche mise en place ( documents communiqués, indicateurs statistiques, résultats etc.). Il nous a été proposé de remplir un dossier CARDIE pour diffuser cette expérimentation. C’est en cours de réflexion car cela nous demanderait du travail supplémentaire (sur la base du bénévolat).
  • Concernant l’aspect financier, si cela peut rassurer quelques collègues, nous avons travaillé bénévolement depuis plus de 2 ans. Cette année, nous touchons quelques HSE.

Nous leur souhaitons une bonne lecture des documents et restons à leur disposition pour répondre à des questions… calme plat. Aucun retour.

Retour des vacances de Noël, jeudi soir, réunion plénière… Tout le monde est plus reposé, ambiance moins électrique, des thèmes divers et variés sont abordés : les marronniers de la vie d’un collège 😉 Je me dis que finalement l’équipe ne réabordera pas le conseil de discipline…

18h30… raté. Ce n’est pas dans ma personnalité de sortir les crocs mais, ayant préparé cette 2ème manche, je dois sortir de ma zone de confort, défendre le projet et sortir mes armes. Calmement mais droite dans mes bottes, je déroule tous les arguments ( un extrait ci-dessous).

Pour conclure, je rappelle aussi que, malgré l’engouement de l’inspection académique, aucun moyen supplémentaire ne sera alloué pour déployer un 2ème professeur référent pour chaque classe de 6ème. Nous resterons donc sur la mise en place de 2 classes « octofun »pour le niveau 6ème et 5ème à la rentrée 2021.

Le débat est clos dans une ambiance sereine. Mais quelque semaines plus tard, une surprise nous attend…

Classe Octofun : épisode 5

Crach en cours

Décembre 2020, période hivernale, fatigue des jeunes et des adultes, le terrain est propice aux tensions. Lors d’un cours d’une collègue, une élève explose de colère et dérape. Branle-bas de combat à tous les étages. Le rapport avec les classes octofun ? L’élève, dans la 5ème octofun, fait justement partie de la 1ère promotion des classes de 6ème octofun…Aïe, Aïe, Aïe.

Des murmures, des chuchotements circulent … “Qu’est-ce qu’ils font en cours octofun ? A force d’écouter les élèves, voilà ce qui arrive. Les élèves doivent obéir au cadre”. L’affaire va être complexe à gérer avec les collègues. En effet, lors d’un conflit, rien n’est binaire, tout est affaire de nuance. Pas toujours facile d’accepter que les torts soient partagés entre l’élève et l’enseignant.

La jeune , venue me voir juste après son explosion de colère, avait dans un climat de confiance, exposé brièvement l’enchainement des faits. C’est ça, entre autre, une classe octofun … développer la sincérité entre le jeune et l’adulte quelque soit les actions commises.

Malheureusement, les choses s’emballent, la colère enfle parmi des adultes…le conseil de discipline est brandi comme la solution à tous les problèmes. Et oui, un raccourci est souvent fait : conseil de discipline = exclusion définitive du jeune = problème résolu. Pas le choix, pour apaiser le climat, la jeune doit passer en conseil de discipline.

Pour moi, un bref moment de doute… de quel côté suis-je ? les jeunes ? mes collègues ? Quelles valeurs je défends ? Qu’est-ce qui m’anime ? Quel est le sens de mon travail ? Dois-je défendre coût que coûte le projet octofun ? Heureusement, ces questions ont rapidement trouvé leur réponse… Je suis, corps et âme, là pour accompagner les jeunes, leur permettre de grandir, d’expérimenter, de comprendre, de trouver leur voie et leur place dans la société. Alors, tant pis, ma décision est prise : j’accompagne la jeune dans la préparation de son conseil de discipline. C’est elle qui va apporter la nuance et se montrer plus adulte que certains.

Toutes les deux, nous travaillons sur l’enchainement des faits, je lui fais prendre conscience de tous les petits gestes, paroles de sa part qui ont conduit à l’escalade. Nous débriefons sur les réactions (paroles, gestes) de la collègue. Nous listons, pour chaque micro-évènement, toutes les solutions possibles pour stopper la montée de violence. Il s’agit d’apprendre à partir de cette expérience et d’avoir, désormais, au fond d’elle, un stock de solutions si une situation similaire se représente. De transformer la violence en une expérience de vie, de la faire grandir.

Finalement, elle décide de sa propre sanction car, elle souhaite de tout coeur continuer sa scolarité au collège. Nous décidons de proposer 11 heures de colle correspondant aux 11 moments où elle n’a pas su arrêter l’emballement de la machine. Ces heures lui permettront de poursuivre, avec moi, son travail de réflexion.

Dernière étape… la préparation orale. Comme pour un exposé, son discours est rédigé et je l’entraine à s’exprimer à l’oral, à amener de l’émotion. Pour elle, l’enjeu est de taille. Il faut faire basculer le jury. Et puis, comme une adulte responsable de ses gestes, à l’âge de 12 ans, elle entre dans la salle du conseil de discipline. La porte se ferme.

Nuit noire, partant du collège, seule dans ma voiture , j’ai confiance en elle, je sais qu’elle va sortir la tête haute de cette expérience.

Classe octofun : épisode 4

Entretien DSDEN

Octobre 2020, notre principal nous annonce que le collège fait partie des 1ers établissements à démarrer le processus de contractualisation avec la DSDEN (direction académique des services de l’Education Nationale de la Seine-Maritime) et, sourire aux lèvres, propose que notre duo de choc vienne présenter l’expérimentation lors de l’entretien du 16 novembre 2020 à l’inspection académique.

Il va falloir sortir de notre zone de confort et commencer à défendre notre projet. Branle-bas de combat dans nos cerveaux, des mots surgissent : Statistique, progression, indicateur, objectivité, démarche, diagramme, analyse… Fred et moi, nous retroussons nos neurones et faisons chauffer le cerveau. Il est temps de mettre de l’ordre et de la rationalité. Il s’agit de montrer le bien fondé de notre démarche en s’appuyant sur des indicateurs pour évaluer la progression.

11 novembre 2020, finalisation des indicateurs concernant la remédiation sur l’axe 1 : Renforcer des compétences fondamentales pour acquérir des connaissances

1 exemple d’indicateur

Lundi 16 novembre 2020, c’est le grand jour ! Nous somme donc reçus à l’inspection académique pour l’entretien préparatoire au contrat d’objectifs 2020-2025. Nous présentons le projet ainsi que les premiers résultats. Nous bénéficions d’une écoute attentive et un échange constructif s’instaure.

Je conclus la présentation ainsi : “Nous considérons que nous sommes encore au stade de l’expérimentation en train de construire nos outils. Pour les années à venir les objectifs sont donc de stabiliser toute la démarche pour la rentrée 2021 si les résultats se confirment et d’étendre le dispositif, à partir de 2022, sur l’ensemble du niveau 6ème et 5ème (10 classes) si les moyens humains et financiers le permettent.”

Et oui, nous abordons le nerf de la guerre… les moyens, non pas humains car je sais qu’une équipe de collègues peut être recrutée pour étendre le dispositif. Autant notre duo ne compte pas ses heures bénévoles pour ce projet mais il faut bien rétribuer les collègues qui accepteraient de devenir professeur référent (1heure de cours / semaine + les RDV individuels).

Je vous laisse deviner la réponse de l’institution malgré leur enthousiasme lors de la présentation de la classe expérimentale 😉

Nous ressortons nullement déçus. Nous nous disons… “tant pis pour l’Education Nationale ! Ce projet, on y tient et nous travaillons pour les jeunes. Si on peut toucher 50 jeunes, c’est déjà cela”. Mais… la vie est parfois faite de surprises. Plantez la graine et laissez la germer tranquillement…

Classe octofun : épisode 3

Juin 2020… Suspens !

Après ce 1er confinement, nous retrouvons nos élèves en mai. Pratiquement tous nos jeunes de 6ème5 ont retrouvé avec plaisir le collège (très peu de décrochage lors du distanciel). Cette drôle d’année se termine… fin juin, nous décidons de faire un 1er bilan avec l’équipe de direction de cette expérience tronquée.

Concernant le climat de la classe :
→ les élèves se sentent bien au sein du groupe classe, pas de tension particulière, pas de moquerie malgré les personnalités diverses
→ la mise en place d’une logique d’entraide et de respect mutuel,
→ les résultats scolaires stables ou en progrès (malgré le confinement et des profils d’élèves particuliers et fragiles) pas de décrochage
→ 3/4 des élèves de la classe souhaitaient rester ensemble l’année suivante.

Ce ressenti est identique par l’ensemble de l’équipe pédagogique lors du conseil de classe du 3ème trimestre… en sachant qu’aucun collègue n’étant au courant de l’expérimentation.

Une relation de confiance s’est instaurée entre les 2 professeurs référents et l’ensemble de la classe :
→ Les jeunes ont appris à identifier des problèmes et devenir force de propositions pour trouver des solutions.
→ Ils n’ont plus peur de faire des erreurs, ils essayent, ils expérimentent.
→ Ils progressent chacun à leur rythme.

Le plus déroutant est la donnée communiquée par la CPE… il n’y a aucun donnée justement sur ce qui concerne la vie scolaire de cette classe : pas de retard injustifié ni d’absences sans aucune justification, pas de d’heure de colle. C’est un peu la surprise pour mon collègue et moi.

Ces résultats non prévus nous ont interpellé. On ne s’attendait pas à un tel impact en si peu de temps avec seulement 2 enseignants qui gèrent la classe.


Est-ce un hasard ou le résultat de l’expérimentation ?


En accord avec l’équipe de direction, nous décidons de poursuivre l’expérimentation en 2020/2021 avec cette fois-ci… 2 classes de 6ème et une classe de 5ème. Nous changeons l’intitulé des classes en reprenant les travaux de vulgarisation de Sophie Hannick et Françoise Roemers-Poumay.. voici les 3 premières classes Octofun.

L’année 2020/2021 va nous permettre très rapidement à monter d’un cran dans l’expérimentation car différents événements vont nous obliger à sortir de notre zone de confort… suite au prochain épisode 😉

Classe Octofun : épisode 2

Juillet 2019…On se lance !

Juillet 2019, quelques jours avant les grandes vacances, nous rédigeons un premier projet nommé Octaèdre. Pourquoi ? Une référence aux mathématiques bien sûr mais aussi parce que ce volume symbolise le fil conducteur de notre expérimentation.

Pour clarifier notre réflexion et le fil conducteur du projet, nous listons le vocabulaire qui guidera notre expérimentation.

  • travail d’équipe
  • collaboration, coopération, entraide
  • progression, progrès, franchir des étapes
  • persévérance
  • confiance, estime de soi, motivation
  • acquérir des connaissances, autonomie
  • accompagnement pour grandir, se construire
  • émotion, affect
  • valorisation
  • appartenance, esprit de classe
  • anticipation
  • positivité

Septembre 2019, seule la direction du collège connait notre constat et la problématique élaborée… c’est le lancement officieux de la toute première classe  Octaèdre  (le nom évoluera ensuite vers Octofun). Nous sommes à la fois confiants sur la direction à prendre mais en même temps ce voyage risque d’être parsemé d’embûches, d’imprévus…

Une classe de 6ème, choisie au hasard, bénéficie donc de 2 professeurs référents : M.Athé en mathématiques et professeur principal de la classe et moi-même, Mme Dupart professeure-documentaliste pour la méthodologie

Concrètement, les élèves ont 1 heure de méthodologie par semaine inscrite dans leur emploi du temps de collégien. Le contenu des cours s’inspire des intelligences multiples, développe les compétences psycho-sociales, aide les jeunes concernant l’organisation du travail personnel et leur métacognition.

Des rendez-vous individuels sont menés par moi-même pour mieux connaître le jeune  : cerner ses besoins, dégager les leviers, identifier les blocages et créer une relation de confiance avec l’adulte. Je transmets ensuite l’analyse et les informations à Frédéric, leur professeur principal. Nous animons souvent des heures de vie de classe ensemble en plus des heures de méthodologie.

Des ateliers de remédiation ciblés sont élaboré concernant les compétences fondamentales pour acquérir des connaissances, l’estime de soi, le métier d’élève et la métacognition.

Pour les jeunes ayant aucune difficulté particulière, nous les nommons : Assistants concepteurs. Le principe est simple : ils testent nos ateliers, proposent des améliorations, affinent les consignes. Le groupe est venu travailler 3 heures un samedi matin de janvier. Lors du bilan, l’un des jeunes nous a dit : “C’est mon meilleur samedi matin !”

Début février 2020, le premier atelier est lancé pour 5 jeunes qui ont des difficultés à se représenter les figures géométriques.

Les autres invitations sont distribuées aux élèves de la classe avant le départ en vacances. Chacun, chacune se demande quel atelier l’attend ! L’invitation est un moment d’attente, d’étonnement, de curiosité et de mystère. C’est comme un cadeau ! Mais le 1er confinement a stoppé net cette étape importante de notre projet. Cependant, nous le savions pas encore à cette époque, la graine du projet va maturer doucement…

Classe Octofun – Episode 1

Juin 2019… quand l’heure du bilan sonne.

Fin de l’année scolaire, l’été pointe son nez… c’est l’heure du bilan avec mon collègue Frédéric, professeur de Mathématiques. De nos discussions et interrogations sur l’éducation, l’enseignement et le climat scolaire, nous formulons un constat : Des jeunes du collège ont des difficultés croissantes à s’investir dans leur scolarité. Les indicateurs sont multiples : absence de travail, opposition adulte/jeune, processus de décrochage scolaire pour certains etc.

Une idée commence à germer dans notre esprit, alimentée par des lectures au gré des hasards heureux dans la bibliothèque du Web et des déambulations dans les librairies. Cette idée s’appuie sur différents travaux qui, par leur diversité d’approche et de point de vue, dessinent un début de pistes de solution. En voici une liste non exhaustive :

– Howard Gardner (les intelligences multiples)

– Sophie Hannick et Françoise Roemers-Poumay (Psychologie positive à travers les intelligences multiples )

– Jean-Philippe Lachaux (Le cerveau attentif)

– Stanilas Dehaene (Apprendre les talents du cerveau, le défi des machines)

– Mael Virat (Quand les profs aiment les élèves)

– Jane Nelsen, Lynn Lott & Stephen Glenn (La discipline positive dans la classe)

– le concept et la théorie du care

Nous décidons, en accord avec l’équipe de direction, de nous lancer dans une expérimentation pour la rentrée de septembre 2019 afin de tenter de résoudre la problématique suivante : En quoi la prise en charge du jeune dans toute sa globalité permet de soutenir la motivation, l’estime de soi et l’envie de progresser dans son parcours scolaire au sein du collège Gounod ?

Les tous premiers prémisses d’un projet de plus grande envergure…